L’ORCHIDÉE DU DESTIN.
Notre corps peut être assimilé à une serre végétale. Un écosystème secret et vivant où la terre, l’ombre et les fleurs respirent et se transforment dans l’humidité. Mais peut-on vraiment sentir cette serre végétale sur soi ?
C’est le prodige que parvient à produire le parfum BLACK ORCHID.
Son nom révèle le coeur battant de son écosystème : l’orchidée. Mais Pierre Negrin et David Apel ont préféré nous faire ressentir de l’obscurité. Nous assistons en fait aux phases qui suivent l’éclosion de l’orchidée, en percevant son flétrissement, jusqu’à ce qu’elle se fane… pour permettre une nouvelle éclosion. Comme un lieu végétal caché en nous qui n’attend que de pousser et de faire sentir sa terre.
Mais cette terre n’est pas qu’un simple décor. C’est un engrais qui usurpe la place de la fleur, elle qui a pourtant souvent le rôle principal dans les parfums. L’importance tellurique y est capitale, tant il n’y a pas de fleurs sans terre. Tellement d’autres notes inattendues s’invitent, se serrent, pour rendre cette fleur familière, joueuse, comestible, une obscurité éclairée.
Cette identité terreuse, qui apporte une humidité déconcertante, renvoie à la géologie primitive de la Terre, dont l’orchidée en extrait l’essence. L’orchidée est l’intermédiaire entre nous et notre terre.
Toute cette serre est contenue dans un flacon mystique, chamanique. Ce totem contient un esprit or-ch-idéal qui n’attend qu’un hôte humain pour pousser. Les stries verticales sur son verre semblent tracer une frontière entre son intérieur et notre monde. Son obscurité est pourtant notre meilleure alliée, un monde invisible et inconnu d’où pourra naître un acte de libération. La vaporisation va permettre d’abolir cette frontière.
Le spray doré nous invite à déposer notre nez, au dessus duquel nous ressentons cette surprenante orchidée à travers une douceur végétale sucrée.
Qu’est ce qui se niche donc dans cette terre ?
Pas que de l’orchidée.. mais de la truffe, tel un trésor qui apporte de l’élégance et du raffinement par delà cette humidité.
L’orchidée ne peut se déployer pour l’instant. Elle décide de se substituer à une autre célébrité avec qui elle se met en couple : le chocolat. On a besoin de cette gourmandise pour comprendre et dialoguer avec cette fleur. Il est l’intermédiaire entre elle et nous. Par lui, elle en devient croquante et élégante, en fusionnant avec les plaisirs humains, pour mieux nous infiltrer.
Un sol très fertile dont s’échappent des notes végétales telles que du ylang-ylang, du jasmin. Certains fruits nous offrent leurs jus comme le cassis, la bergamote et la mandarine.
C’est à ce moment là qu’arrive le second rôle à travers cette terre : l’orchidée.
La senteur chocolatée du début se poursuit, et de manière végétale, grâce au patchouli. Le végétal est comme parvenu à s’approprier nos petits plaisirs pour nous les renvoyer au centuple.
Une fraîcheur se lie au sucre à travers la noirceur, d’où l’encens y donne un air mystique.
Puis, c’est à la fin que vient alors l’éclosion de la fameuse orchidée. Comme une fleur faite de terre, que la terre elle-même s’était mise à faire pousser pour nous faire sentir d’où viennent toutes les autres notes, pour nous faire sentir d’où nous venons tous.
Notre identité primitive et tribale n’est pas seulement animale, elle est profondément sensuelle.
Le sillage de cette odeur d’orchidée reste sur la peau durant de très nombreuses heures. Néanmoins, c’est une odeur davantage sucrée que florale qui se déploie sur nous. Le chocolat, qui était alors perceptible dès les premières pulvérisations et au plus près du spray, se mélange et se dilue à une orchidée qui peu à peu se volatilise et s’évapore.
L’orchidée est là, mais sans être vraiment là. Le fantôme de l’orchidée résiste à la toute fin, comme les fantômes de toutes choses. Nos fantômes qui nous ont traversés, transformés et touchés durant notre éclosion.