LES VACANCES DES VACANCES.
Le meilleur moyen de ne pas avoir de rentrée, c’est encore de ne pas avoir de vacances. Pourtant dans le court métrage espagnol Casi Setiembre (Presque Septembre) de Lucía G Romero, Alejandra habite à l’année dans un camping avec sa mère et ses sœurs. C’est-à-dire qu’elle vit sur son propre lieu de vacances, qui de facto n’en est pas vraiment un. L’ennui procuré par ce lieu répétitif lui fait justement oublier la notion-même de vacances. Auxquels s’ajoutent ses tourments amoureux, qui ne prennent pas de pauses quant à eux. Certes les lieux ne changent pas, contrairement aux gens rencontrés qui donnent de la couleur à son quotidien, pour y voir son horizon.
La vie d’Alejandra pourrait se résumer à ce qui se passe au tout début et à la fin, en épanadiplose : la jeune Alejandra qui se lève de son lit, en compagnie de sa petite amie du moment qui dort à côté d’elle, pour aller faire une marche méditative sur la plage. On ne saurait dire si elle se sent dans la nécessité de conquérir et de plaire pour briser son ennui, ou si c’est son ennui qui lui inculque ses désirs d’amours de vacances. Pourtant l’amour a parcouru son chemin entretemps.
En tombant sous le charme d’Amara, le cycle reprend de plus belle. Mais il s’agit plutôt d’un cercle vicieux. Nous ne voyons rien de la précédente relation qui ouvre le film, mais son sillage se dessine par la relation qu’Alejandra est en train de nouer avec Amara. Cette précédente relation étant possiblement elle-même le sillage d’une précédente, et ainsi de suite.
Elle semble voir en Amara, pas seulement le possible amour de sa vie, mais la possibilité de sortir du camping, de vivre enfin une autre vie. Sa fuite spontanée ne semble pas cohérente en apparaissant juste après ce premier baiser.
Elle sait que cette nouvelle potentielle relation s’achèvera à la fin des vacances. C’est ainsi que les choses fonctionnent. Mais en prenant les devants, ce geste se retourne contre elle puisque cette esquive va aussi décevoir Amara. L’amour est dans l’air et finit toujours par refermer son piège. La caméra privilégie les silences et les regards simples mais toujours signifiants.
Ne pas souffrir d’avance finit par faire souffrir autrement.
Les moments de mauvaise humeur et d’agressivité en deviennent touchants tant ils sentent davantage un désespoir contenu.
Mais Amara fait les efforts nécessaires pour leur relation naissante, notamment en côtoyant et s’occupant de ses petites sœurs, tout en assistant à leur spectacle de kermesse.
Parmi les nombreuses conquêtes et amourettes qu’a pu avoir Alejandra à travers ce camping, le court métrage décide de s’attarder sur le cas Amara. Certainement la plus intéressante de toutes tant l’amour semble vraiment réciproque, avec une perspective d’horizon, ensemble hors du camping. Cependant, le plus probable est que la fin des vacances sera la fin de la relation. La distance risque malheureusement d’avoir raison. Le court métrage montre cet instant de vie, entre la fin d’un amour et le commencement d’un autre, qui rythme sa vie depuis.
Il ne reste alors plus qu’à profiter du moment présent, celui qu’arrivent à capter les caméras de Lucía G Romero. Le style naturaliste filme à l’épaule ces moments d’amour estivales mais aussi ces moments de tristesse et d’ennuis, où se cache la condition modeste d’Alejandra et de sa famille, obligées d’être cantonnées à l’intérieur de ce camping. Son coup de foudre pour Amara pourrait être pour elle le moment opportun de sortir du camping avec elle pour vivre sa vie. Nous ne saurons pas si la répétition tragique est condamnée à se poursuivre, ou s’il pourrait s’agir de la fin ou bien du début des vacances. Une tragédie dans laquelle Alejandra ne se sent pas capable de pouvoir jouer le rôle principal de sa propre vie, qui commence et finit toujours par aller fumer au lever du soleil sur la plage.
Il n’y a pas vraiment de vacances pour elle, donc pas non plus de rentrée.
Un monde sans mois de septembre est-il possible ?