APNÉE DU SOLEIL.
À la fin, c’est la Lune qui gagne. C’est la drôle de promesse à laquelle nous amène ce court métrage réalisé par Hakim Atoui, tout en restant bien sur terre, sous la chaleur estivale.
Comme son titre l’indique, Adieu Soleil nous parle de notre étoile, dont ses rayons dessinent un film de vacances.
Il y est question d’amours de vacances, de potes, de chamailleries, de chaleur, et surtout de Soleil. Un théâtre de jeu et de détente voué à se rencontrer, à créer des liens, des souvenirs.
Qu’est-ce qui pourrait donc jouer le trouble-fête de ces vacances ? La Lune.
C’est précisément en coulisse que vont se produire les événements : entre la Lune et le Soleil, amenés à se rencontrer, se chamailler, se superposer, à travers une éclipse.
Que se passerait-il si la Lune et le Soleil se mettaient à faire leur cinéma ? Une éclipse éternelle dont le soleil ne se réveillerait pas. Rien ne laissait présager un tel scénario. Peu importe que cela soit scientifiquement impossible, ce sont les liens familiaux et humains qui comptent face à ça, rendant la situation elle-même plus humaine.
C’est un film changeant, tant les évolutions et les ruptures s’y succèdent de manières surprenantes, dans une forme elle-même lunatique. Le cosmos fait écho à cette plage et à ses vacanciers.
C’est désormais au soleil de prendre des vacances. Le basculement s’opère en quelques minutes, en se prêtant bien à la forme courte du métrage. La brièveté fait écho à l’éternité des situations, cosmiquement humaines.
Le début adopte les codes du film naturaliste. Filmé caméra à l’épaule, il capte ces petits riens qui font pourtant la vie. On ressent cette quiétude, cette détente procurée par les vacances à la mer.
Puis, tous se mettent à chausser leurs lunettes pour regarder l’éclipse, en la consommant comme un spectacle. Sans se douter que c’est ce spectacle qui va faire son cinéma et les rafraîchir. Du moins leur prodiguer une certaine idée du froid.
C’est le calme avant la tempête lunaire et cosmique.
La jeune Luna s’amuse à faire de l’apnée. On s’attend presque au début à une scène de noyade, son frère étant plus occupé à séduire qu’à surveiller sa petite soeur. Rien de tel, rassurons-nous, mais c’est pourtant bien d’apnée dont il va s’agir, une apnée solaire.
Le prénom Luna n’est évidemment pas dû à un quelconque hasard : un choix scénaristique discret et éloquent, mais qui vient presque contredire cet aspect imprévisible revendiqué par le film.
La nuit américaine laisse les plans encore bien visibles grâce à une colorimétrie bleutée et claire, pas totalement sombre. L’ambiance nous laisse déjà entrevoir l’hiver lunaire qui se profile. Peut être aurait-il fallu davantage d’obscurité pour introduire l’apocalypse qui arrive. Il reste hors-champ, audible par les sirènes, presque apocalyptiques.
Que verrons-nous de la suite des événements de cette éclipse éternelle, du froid qui arrive, de la panique des populations, des médias, des politiques ? Rien.
L’audace du film est précisément là : montrer que le plus important n’est pas de savoir si cette éclipse va être éternelle, par l’intermédiaire d’effets spéciaux très développés.
Ce qui importe ce sont les petits gestes, comme la réponse de l’amour entre les deux jeunes, Julien qui est le grand frère de Luna, à travers leur premier baiser amoureux. Ce sont les petites choses qui comptent, et non les grandes : le cosmique se trouve dans le microcosmique.
Le film nous en protège à sa manière, en se terminant simplement. Une apocalypse qui nous fait ressentir la fin, tout en nous la privant, par une éclipse narrative. L’ère glacière les attend, ils ont maintenant autre chose à vivre.
Le court-métrage devient presque un huit-clos à ciel (c)ouvert, faisant résonner les choses terrestres et de la vie quotidienne avec le cosmos.
Tous sont en panique, sauf Luna, dont le très jeune regard semble presque y percevoir du positif. Le réchauffement climatique sera-il donc endigué ? Une nouvelle forme de contemplation s’invite dans un monde où l’obscurité invite à le percevoir autrement.
Point ici d’autres éléments de scénario ni d’images extérieures, si ce n’est un bref passage TV. Il ne sera question que de cette plage et de cette famille en orbite gravitant parmi d’autres vacanciers. Le reste sera éclipsé. C’est désormais la mise en apnée du monde par cette nuit éternelle.
L’éclipse narrative finale prive l’histoire de toute causalité et de toute suite possible, comme si le film lui-même partait en vacances.
Les vacances sont terminées, du moins pas exactement : de nouvelles vacances commencent.